LA BOUTIQUE DE RABERBA
La boutique du peintre Raberba rue Gambetta à Sidi-bel-Abbès en 1958
La voilà ! C'est la petite devanture verte. Oui, c'est bien là ! On peut y lire : "Raberba, Peinture, encadrements". Je vous l'avais dit, ce n'était pas si loin que ça en vélo. Nous avons emprunté les glacis, coupé par le collège de jeunes filles, tourné à droite, passé la place Carnot, elle est presqu'au coin de la rue Gambetta, n'allez pas me dire que c'était compliqué ! Je vous laisse regarder ! Moi, en fait, je préfère regarder seul, La meilleure heure, c'est avant 3 heures. Le trottoir est trop haut, la pédale a du mal à tenir, tant pis le vélo restera couché. A cette heure-çi, il ne dérange personne. La rue est déserte et les boutiques sont encore fermées. La grille articulée n'est pas trop gênante. Si on se colle contre la vitrine, les deux mains isolant le visage, on évite les reflets de la rue. Le soleil est haut, Raberba fait encore la sieste, je préfère ça, il m'impressionne. quand il est là, je n'ose pas m'arrêter. -Tiens, la reproduction de la vierge au coussin, n'est plus là ! Oh là ! je ne la connaissais pas celle-là, elle est très belle, l'espagnole est bien campée accoudée à la fontaine sévillane. Celle-ci, oui je connais, celle du fond aussi. On dirait qu'il y a de nouveaux tableautins à l'intérieur, c'est sombre, il devrait laisser la lumière allumée, on verrait mieux.
Je ne l'aurais jamais imaginé et pourtant je suis réellement en face de Raberba, mon ami Alejandro est son petit-fils, je ne le savais pas. Il me présente à son grand-père et c'est terrible ! je suis tellement angoissé que je bafouille. Je n'ose pas lui dire que je suis son plus grand admirateur, que je connais tous les tableaux et toutes les miniatures qu'il présente dans sa vitrine, je n'ose pas lui dire que moi aussi je peins un peu, je n'ose pas.
50 ans ont passé, mon épouse et moi visitons le musée des Beaux-Arts de Valencia. Raberba aurait pu y figurer, non, ses oeuvres n'y sont pas exposées... Je repense à tous mes rêves d'enfants, je le revois penché sur son chevalet, silhouette furtive entrevue dans sa boutique de Sidi-bel-Abbès, lui Raberba l'artiste émigré natif de Valencia...
Souvenirs d'Henri Lavina, aôut 2015
Portrait de la grand-mère de l'artiste, miniature 5 cm